- 28 juillet 2026
- Presse écrite
L'autre combat des sapeurs-pompiers : sauver les casernes de campagne
En France, les Centres de première intervention (CPI), présents dans les villages ruraux, assurent un secours de proximité essentiel. Malgré leur rôle crucial, en intervenant dans des situations d’urgence, de plus en plus disparaissent, faute de moyens des municipalités. En Côte-d’Or, de nombreuses communes se battent pour les conserver.
« Allez ! On se dépêche les gars, on sort une lance », ordonne Pierre Louet, 30 ans, chef de corps du Centre de première intervention (CPI) de Blaisy-Bas (Côte-d’Or). Dans la cour, les tuyaux sont sortis. Les sapeurs-pompiers volontaires s’exercent à une manœuvre incendie avec la motopompe — une machine que les pompiers utilisent pour aspirer de l’eau et lutter contre le feu. Les gestes sont précis, répétés et maîtrisés. « C’est essentiel de s’entraîner, même si nous ne partons pas souvent en intervention. Le jour où ça arrive, il faut être prêt », confie-t-il.
Basés à une trentaine de kilomètres de Dijon, ces pompiers communaux s’exercent une fois par mois pour venir en aide à leurs voisins. « Certaines interventions peuvent être délicates. Notamment, quand on connaît les gens chez qui nous intervenons, cela peut être un voisin, un ami, voire un membre de la famille. C’est plus compliqué à gérer », reconnaît-il.
Les Centres de première intervention assurent aux habitants une réponse rapide en cas d’urgence, car chaque minute compte. Ils arrivent bien avant les pompiers appartenant aux Centres d’incendie et de secours (CIS) environnants. Les interventions sont assurées par des pompiers volontaires.
« Il était impensable de ne plus avoir de pompiers sur la commune »
La commune de Blaisy-Bas compte 700 habitants et 14 sapeurs-pompiers volontaires. Son CPI, fondé en 1870, « se porte bien », se réjouit Alain Lamy, le maire du village. Le bâtiment – en structure métallique – a été inauguré en grande pompe en octobre dernier. Sa modernité tranche avec les habitations du village. L’effectif du centre peut sembler réduit, mais il s’agit d’une petite victoire. En 2015, le centre était au bord de la disparition. « Il ne restait plus que six pompiers, on s’est vraiment demandé si on n’allait pas fermer », se souvient-il. La municipalité a alors réagi. Un vrai sursaut : nomination d’un nouveau chef de centre, campagne de recrutement, porte-à-porte pour convaincre de nouveaux volontaires… « et cela a porté ses fruits, les gens ont été convaincus par le projet et les investissements », note le chef de corps Pierre Louet, originaire de Blaisy-Bas, qui est également sapeur-pompier professionnel à Paris. À 30 ans, il incarne le renouveau du CPI.
« Il était impensable de ne plus avoir de pompiers sur la commune », ajoute le maire, les bras croisés, écharpe autour du cou, élu pour la première fois en 2020. Dans chaque commune, les risques sont multiples : incendies, accidents ou encore secours à personne. Avec près de 30 interventions par an en moyenne – en majorité du secours à victime – l’activité des CPI reste modeste comparée aux grands centres d’incendie et de secours.
Les sapeurs-pompiers de Blaisy-Bas s’entraînent le premier dimanche de chaque mois ; les voici en manœuvre incendie. © Axel Lefebvre
Pour Blaisy-Bas, le centre le plus proche se trouve à une dizaine de kilomètres, à Sombernon, soit à environ dix minutes de route lorsque les conditions météorologiques sont favorables. « Il faut compter le trajet, mais aussi le temps que les pompiers rejoignent la caserne depuis leur domicile, au total, cela peut représenter vingt minutes avant une prise en charge », détaille le maire. À l’échelle d’un arrêt cardiaque, une éternité : « Il suffit de cinq minutes pour que des lésions irréversibles surviennent », souligne Pierre Louet.
En France, le dispositif de secours dépend en grande partie de ces volontaires. En 2023, le pays comptait environ 43 400 sapeurs-pompiers professionnels pour plus de 200 000 sapeurs-pompiers volontaires, selon le ministère de l’Intérieur. Autrement dit, près de quatre pompiers sur cinq sont des volontaires. En Côte-d’Or, par manque de volontaires et de moyens, de nombreux CPI ont dû fermer leurs portes et fusionner, comme à Marsannay, Saint-Julien et Bretigny, pour devenir un CIS, allongeant du même coup les délais d’intervention. Pour maintenir les CPI en vie, l’engagement des citoyens est donc primordial.
40 000 euros pour insuffler un second souffle
L’investissement financier de 40 000 euros de la commune dans son CPI a suscité des vocations. « Des jeunes ont eu envie de nous rejoindre grâce aux nouveaux équipements. Nous avons même trois jeunes sapeurs-pompiers en formation », se réjouit le maire de Blaisy-Bas. Les volontaires disposent désormais d’un foyer, d’une mezzanine aménagée en salle de sport, de vestiaires et de sanitaires avec douche. « Rien à voir avec notre ancienne grange de 40 mètres carrés », sourit l’édile.
L’équipe compte à présent une jeune femme, Emma Houée, 20 ans, étudiante en médecine à Dijon, qui a rejoint les pompiers pour faire comme le reste de sa famille. « Tout le monde est dedans : ma mère, mon père et mon grand-père il y a quelques années. Depuis toute petite, je veux faire comme eux », confie la jeune femme, qui a grandi dans la commune. « On ne peut pas se passer des pompiers, surtout à la campagne. Ici, on est loin de tout. C’est une vraie fierté de servir son village, de faire partie de la grande famille des pompiers. » Une autre recrue féminine devrait prochainement rejoindre l’effectif.
Voir aussi le podcast Faire groupe à la campagne, épisode 3 : Caserne de village
Derrière ces discours enthousiastes, la réalité reste fragile. Les volontaires ne sont indemnisés que lorsqu’ils partent en intervention, entre 9 et 11 euros de l’heure selon le grade. Contrairement aux CIS départementaux, ils ne perçoivent rien pour les manœuvres ou lorsqu’ils s’imposent de rester chez eux pour être mobilisables en cas d’appels pour partir en intervention. « On ne fait pas ça pour l’argent, c’est une passion. On le fait pour aider les gens, n’importe quel jour, à n’importe quelle heure », insiste Pierre Louet, qui se rend disponible dès qu’il rentre dans la commune, une fois ses gardes de sapeur-pompier professionnel réalisées.
À gauche, le maire de Blaisy-Bas, Alain Lamy, prend la pose devant l’un des camions du CPI. À droite, le chef de centre du CPI d’Athée David Pereira craint pour la survie du centre qui réalise tout de même une cinquantaine d’interventions par an. © Axel Lefebvre


