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Sylvain Marchal : « Armés pour affronter la vie »

Ancien joueur professionnel de 1998 à 2015, Sylvain Marchal, 43 ans, entraîne aujourd’hui la réserve du FC Metz (L2). Il souligne la nécessité de proposer aux jeunes footballeurs en formation un accompagnement global, pour les préparer à d’éventuelles « déceptions ».

— Cet entretien a été initialement publié en février 2023 sur Medium.

Le portrait de Sylvain Marchal

Sylvain Marchal, ancien joueur du FC Metz, aujourd’hui entraineur de la réserve. © FC Metz

Comment s’articule la formation au FC Metz ?

Chez nous la formation des jeunes est présente sur pleins d’aspects, c’était déjà un peu pareil à mon époque. Elle ne concerne pas que l’aspect sportif, nous avons conscience que tout le monde ne passera pas professionnel, donc l’idée c’est que les jeunes aient d’autres atouts dans leur jeu. Cela commence par s’assurer qu’ils aillent jusqu’au bac. Pour cela on leur propose un parcours adapté, qui permette une scolarité normale avec des horaires aménagés pour les entraînements. À partir du niveau u16 [« under 16 », une catégorie comprise entre 14 et 15 ans, ndlr] ils s’entraînent sept fois par semaine, avec double séance le mardi et le mercredi. Ils ont études le soir avec des profs, qui aident sur les besoins individuels en petits groupes. On intervient aussi sur toute la partie sociale, avec des actions de sensibilisation sur l’homophobie ou les féminicides… L’idée est de les ouvrir sur des sujets différents de ce qu’ils peuvent connaître. C’est un rythme soutenu, sans beaucoup de temps mort. On fait un beau métier, mais pas facile : il faut fournir des efforts et des sacrifices pour accéder au monde professionnel. Et si jamais ils ne réussissent pas, il faut qu’ils soient le mieux armés possible pour affronter la vie.

Vous avez connu une formation à une autre époque, est-ce que les changements vont dans un bon sens selon vous ou est-ce qu’il y a encore beaucoup de progrès à faire ?

Il y a toujours des progrès à faire. La gestion de l’échec, c’était déjà une difficulté à mon époque et ça le sera toujours pour les générations qui suivront. La grosse difficulté c’est de les préparer à cette déception, il ne faut pas que ce soit quelque chose qui leur gâche la vie. Il n’y a pas beaucoup d’élus, et là-dessus on ne pourra pas faire bouger les choses. Les aspects scolaire et social étaient déjà présents il y a 20–25 ans, mais moins bien aménagés que maintenant. Ce qui a évolué c’est l’environnement du joueur avec les agents, la famille… Tout va plus vite avec les réseaux sociaux, les mentalités des joueurs ont évolué avec la société. À la sortie de l’adolescence ce n’est jamais facile de s’imposer, de s’affirmer, et c’était déjà comme ça il y a 25 ans.

Vous êtes passé par les catégories jeunes en tant qu’entraîneur des u17 et des u19, et maintenant de la réserve, comment gérez-vous des joueurs qui sont en formation, voire en fin de formation ?

On fait du mieux qu’on peut pour les accompagner. Ils sont acteurs de leur formation, on essaye de les guider en s’adaptant aux différentes situations. Parfois il faut être sévère, d’autres fois à l’écoute, c’est propre à chacun. Il faut agir avec le plus de bienveillance possible. Ils ont des parcours très différents, il n’y a pas deux joueurs pareils, il faut ouvrir le dialogue et leur faire comprendre qu’ils peuvent venir te parler. J’ai le sentiment que ça ne se passe pas trop mal, même si dans une saison il peut y avoir des moments plus faciles et d’autres plus compliqués. La réserve c’est un peu le bout de la piste. J’ai beaucoup de joueurs de la génération 2003 [âgés entre 19 et 20 ans, ndlr] qui sont en fin de contrat stagiaire. Soit ils seront pros chez nous, soit il faut essayer de leur trouver un plan pour l’année prochaine, soit en pro, soit en amateur. C’est une année qui peut ne pas être simple surtout d’un point de vue psychologique. On a aussi des jeunes nés en 2004, qui peuvent encore jouer en u19, ils ont souvent encore une année de contrat, et des plus jeunes qui sont en avance et pour qui c’est un peu plus simple. Le travail ici c’est de discuter avec les joueurs en fin de contrat pour essayer de les rassurer quant à leur futur, il faut les mettre en confiance et leur donner leur chance.

Qu’est-ce qui vous a permis de faire partie des élus lors de votre période en centre de formation ?

Avec du recul, j’avais la chance de ne pas avoir une grosse pression. Ça s’est passé assez vite, je me suis vite retrouvé en équipe réserve. En plus j’étais en équipe de France en jeunes c’était un parcours un peu favorisant. Moi je voulais jouer au foot et me faire plaisir, ce n’était pas une obsession d’être professionnel. Je me sentais bien, je jouais au foot, je m’entendais bien avec les autres.