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De l'aiguille à l'écran, les tatoueurs s’exposent sur Instagram

Avec plus de 194 millions de publications référencées avec le hashtag #tatoo, Instagram est devenu l’outil principal des tatoueurs pour se faire connaître des clients. Les salons dijonnais rivalisent sur la plateforme pour mettre en avant leur travail créatif.

« Aujourd’hui, les tatoueurs n’ont pas le choix. Notre vitrine principale, c’est Instagram », reconnaît Vérena, 31 ans, tatoueuse et community manageuse du salon Azora. Tatoueuse depuis dix ans, avec son associé Flocon, ils hébergent jusqu’à quatre professionnels indépendants et un apprenti dans leur salon. Avec plus de 3 500 abonnés sur Instagram, le cabinet Azora est l’un des plus renommés de Dijon, même s’il est bien moins populaire que Mu Body Arts et ses plus de 30 000 followers. L’un des derniers venus sur la place dijonnaise, Kleen Tattoo Shop compte déjà 1 300 abonnés depuis son ouverture en novembre 2023.
Vérena retouche chaque jour ses photos, pour les partager ensuite à ses 3 818 abonnés sur Instagram. © Ryan Horvath

J’aime, je partage, je commente : le nouveau marketing du tatouage

Auparavant considérée comme underground et associée à l’image du mauvais garçon, la pratique s’est démocratisée au-delà des cercles d’initiés, comme les bikers, les gangs ou les mouvements rock des années 1970… Les réseaux sociaux ont amené une clientèle 2.0 au tatouage. « Pour se faire connaître, avant, nous avions les magazines de tatouages. Maintenant, les clients nous cherchent directement sur Instagram », constate Véréna. Un phénomène qui n’est évidemment pas exclusif à la France. Selon la chaîne américaine Consumer News and Business Channel (CNBC), en 2020, aux États-Unis, plus de 70 % de nouveaux clients provenaient d’Instagram.

À Dijon, pour les salons comme Black Rose Tattoo, Carcasse tattoo ou encore Kleen Tattoo Shop, Instagram est donc devenu une vitrine virtuelle dans laquelle ils peuvent donner de la visibilité à la diversité des styles de leurs tatoueurs, en quelques clics, comme dans un catalogue. Car chaque tatoueur a son art bien à lui, « J’essaie de cibler mes futurs clients en partageant des publications de tatouages », explique Camille, alias La Plume Qui Pique, tatoueuse à MU Body Art et adepte du line work, un style caractérisé par la régularité des lignes, continues et fines.

La photographie fait désormais partie du travail du tatoueur, devenue essentielle pour la promotion de ce dernier sur les réseaux sociaux. © Ryan Horvath

« Je veux avoir sur Instagram un feed [le profil Instagram, ndlr] du salon qui soit très bien organisé, et très facile à comprendre par les clients. Quand tu vas dessus, tu as la photo du tatoueur, ce qui permet d’identifier un style et la personne qui va te tatouer », insiste Véréna. Le client peut donc choisir rapidement l’artiste à qui il veut confier son projet de tatouage. « C’est essentiel, avec le visuel, tu sais tout de suite à quoi on a affaire sur une page Instagram », confirme Camille.

De tatoueur à community manager…

Le tatoueur ne doit donc plus seulement cultiver des talents artistiques, mais aussi des compétences de communication adaptées aux réseaux sociaux, autrement dit de « community manager », comme le pointe Véréna. « Je n’étais pas du tout Instagram. Aujourd’hui, je passe une à deux heures par jour sur les photos des tatouages que j’ai réalisés sur mes clients », explique La Plume Qui Pique, qui s’est mise sur la plateforme il y a quatre ans.

Les tatoueurs soignent donc le visuel de leurs publications, comme au salon Azora. « Pour plus d’impact et un meilleur référencement sur les réseaux, nous travaillons davantage la qualité de la photo, notamment l’éclairage, avec un téléphone équipé d’un filtre polarisant », témoigne Véréna. « On a modifié nos manières de travailler. On embauche même un professionnel de temps en temps pour faire de la vidéo et de la photo. Ce que je n’aurais jamais imaginé faire il y a encore quelques années. »

« Je n'étais pas du tout Instagram. Aujourd’hui, je passe une à deux heures par jour sur les photos des tatouages que j’ai réalisés sur mes clients. »

Certains tatoueurs comme Camille paient même pour promouvoir leurs publications sur les réseaux. Une prestation proposée par les plateformes pour augmenter la visibilité d’un contenu. Cette « sponsorisation des posts permet d’énormes coups de pub », reconnaît la jeune professionnelle. Sur Instagram, la promotion d’un post coûte aux alentours de 5 euros pour 1000 vues, « Tout dépend de l’objectif, mais plus tu payes, plus tu vas toucher des personnes », précise Camille.

La peau, un nouveau support de communication pour le tatoueur

Les photos de tatouages les plus réussies et les témoignages de clients satisfaits contribuent à forger une réputation solide à leur créateur et à leur ramener de nouveaux clients. La prise de rendez-vous se fait d’ailleurs de plus en plus par messages privés sur Instagram alors qu’« avant, les clients venaient directement nous rencontrer au salon », confirme Veréna. Sur instagram, « on échange et directement une proximité se met en place », constate La Plume Qui Pique.

Camille, tatoueuse au MU Body Arts à Dijon, poste chaque semaine sur son compte Instagram les tatouages qu’elle a réalisés sur des clients. © La plume qui pique

Une fois le tatouage réalisé, le client est invité à partager la création sur ses réseaux sociaux personnels. Ces derniers se trouvent donc mis à contribution à leur tour pour faire la promotion du tatoueur auprès de leur entourage. Le principe même du bouche-à-oreille numérique.